L'art de la complication
sans ostentation
Maurice Lacroix — Saignelégier, Jura suisse — Fondée en 1975
Dans le paysage horloger suisse, Maurice Lacroix occupe une position singulière : celle d'une maison née du commerce devenue manufacture par la seule force de sa passion technique. Fondée en 1975 dans le Jura bernois, elle a bâti en cinq décennies une réputation solide autour d'un principe exigeant — rendre accessibles les grandes complications mécaniques sans jamais sacrifier la finesse du geste horloger. 1975 Année de fondation 50+ Ans d'histoire ML106 Premier calibre maison Saignelégier Berceau de la marque
Maurice Lacroix n'a jamais cherché à imiter les grands. Elle a préféré creuser son propre sillon — celui d'une horlogerie de caractère, où la complication mécanique reste un plaisir partagé plutôt qu'un privilège réservé.
The Watch Sphere — Analyse éditoriale
Aux origines
Une naissance commerciale, une vocation horlogère
Maurice Lacroix ne naît pas d'un rêve d'horloger solitaire, mais d'une décision stratégique prise à Zurich. En 1975, la société de négoce Desco von Schulthess AG — maison de commerce fondée en 1846 et spécialisée dans l'exportation de produits suisses vers les marchés internationaux — décide de créer sa propre marque horlogère. Le nom choisi, "Maurice Lacroix", sonne délibérément français : c'est une invitation au voyage, une évocation du raffinement genevois, une signature choisie pour séduire les marchés asiatiques et moyen-orientaux alors en plein essor. Derrière ce nom, nulle figure tutélaire ; derrière ce nom, un projet commercial rigoureux doublé d'une ambition qualitative sincère.
Les ateliers s'installent à Saignelégier, dans le Franches-Montagnes, au cœur du Jura bernois — une région de tradition horlogère profonde, où la rigueur du terrain montagneux semble avoir façonné le caractère de ses artisans. Dans ces premières années, la marque assemble des montres à partir de mouvements ETA, comme la grande majorité des manufactures de l'époque. Mais la direction de Desco cultive une ambition plus grande : faire de Maurice Lacroix non pas un simple assembleur, mais un acteur technique à part entière. Cette intention, encore discrète dans les années 1970, se révélera avec éclat trente ans plus tard.

Chronologie
Cinq décennies d'une trajectoire singulière
Création de la marque
Desco von Schulthess AG fonde Maurice Lacroix à Saignelégier, Jura suisse. Le nom est choisi pour son caractère francophone et son évocation de l'élégance horlogère helvétique sur les marchés export.
Expansion internationale
La marque s'implante progressivement sur les marchés allemand, asiatique et américain. La distribution passe par des réseaux multimarques soigneusement sélectionnés. Le positionnement prix accessible-premium s'affirme.
Naissance de la ligne Masterpiece
Lancement de la collection Masterpiece, tournant décisif dans l'histoire de la marque. Pour la première fois, Maurice Lacroix propose des complications mécaniques — phases de lune, calendriers — à des prix inédits dans ce segment.
Masterpiece Phases de Lune
Le modèle Masterpiece Phases de Lune rencontre un succès significatif. Maurice Lacroix confirme sa capacité à proposer une horlogerie raffinée et techniquement sophistiquée dans une tranche de prix démocratisée.
Masterpiece Double Rétrograde
Présentation du Double Rétrograde, pièce à complication originale combinant deux aiguilles rétrogrades sur un même cadran. La maison démontre sa maîtrise croissante des mécanismes complexes.
Premier calibre maison & indépendance
Année charnière à double titre : Maurice Lacroix dévoile son premier mouvement manufacture, le calibre ML106 — un automatique à masse oscillante — et simultanément, un management buyout libère la marque de la tutelle de Desco von Schulthess. L'indépendance est totale.
Masterpiece Gravity
Lancement du Masterpiece Gravity, tourbillon volant breveté dont la cage est maintenue en suspension par deux ponts en saphir. La pièce, saluée par la presse spécialisée, marque l'entrée de Maurice Lacroix dans la haute complication à part entière.
Masterpiece Mysterious Seconds
Invention et brevet du mécanisme "Mysterious Seconds" : une trotteuse centrale qui semble flotter sans axe apparent, actionnée par un ingénieux jeu de leviers invisibles sous le cadran. Une signature visuelle immédiatement reconnaissable.
Naissance de l'Aikon
Lancement de la collection Aikon, redesign contemporain de la ligne Pontos S. Boîtier sportif intégré au bracelet, esthétique résolument moderne — l'Aikon devient rapidement la montre la plus vendue de la manufacture et son ambassadrice grand public.
Aikon Automatic Manufacture
La collection Aikon intègre le calibre manufacture ML115, automatique 26 rubis, fréquence 28 800 A/h, réserve de marche 72 heures. L'accessibilité rencontre désormais l'excellence technique interne.
Consolidation & évolutions contemporaines
Maurice Lacroix poursuit l'enrichissement de ses deux piliers stratégiques — Masterpiece et Aikon — avec de nouvelles déclinaisons, des collaborations ciblées, et un renforcement de la distribution en propre via ses boutiques mono-marque dans les capitales européennes et asiatiques.
ADN de manufacture
Les six piliers d'une identité horlogère
Complication accessible
Maurice Lacroix a bâti sa réputation sur un principe rare : proposer tourbillons, rétrogrades et mécanismes brevetés à des prix défiant ceux des grandes manufactures genevoises. Une démocratisation sans compromis sur la finition.
Calibres manufacture
Depuis 2006, la maison développe ses propres mouvements — ML106, ML112, ML115, ML156 — conçus et assemblés à Saignelégier. Une indépendance technique conquise par la volonté, non héritée par tradition.
Innovations brevetées
Le mécanisme Mysterious Seconds (2013) et le tourbillon Gravity (2011) constituent deux inventions maison déposées à l'OEPI. Des solutions techniques originales qui distinguent la marque dans un marché saturé.
Double positionnement
L'Aikon adresse le segment sportif accessible (à partir de CHF 1 500), quand la Masterpiece dialogue avec la haute horlogerie (jusqu'à CHF 25 000+). Deux univers cohérents sous un même toit manufacturier.
Terroir jurassien
Les Franches-Montagnes, entre Le Locle et La Chaux-de-Fonds, constituent l'un des berceaux historiques de l'horlogerie suisse. Maurice Lacroix s'inscrit dans cette géographie de précision, loin de l'ostentation genevoise.
Indépendance totale
Depuis le management buyout de 2006, Maurice Lacroix n'appartient à aucun conglomérat. Ni Swatch Group, ni Richemont, ni LVMH. Une liberté créative et stratégique qui se lit dans chaque décision de collection.
Pièces de référence
Les montres qui ont défini la maison

Ref. MP6347 · Cal. ETA 2824 modifié
La Masterpiece Phases de Lune marque l'entrée de Maurice Lacroix dans le territoire des complications poétiques. Affichage lunaire précis, cadran soleillé raffiné, elle pose les jalons esthétiques qui définiront la ligne pendant deux décennies. Une introduction au romantisme mécanique à prix démocratisé.
La pièce qui a posé les fondations de tout ce que Maurice Lacroix est devenue.

Ref. MP6118 · Cal. ML115
Deux aiguilles rétrogrades — une pour les minutes, une pour le calendrier — armées comme des arcs avant de revenir à leur origine d'un claquement précis : la Double Rétrograde est la pièce de caractère de Maurice Lacroix. Elle résume à elle seule la philosophie de la maison : la complication comme spectacle maîtrisé, jamais comme démonstration vaine.
L'horlogerie de complication comme performance — sobre et saisissante à la fois.

Ref. MP6118 · Cal. ML156
Le Gravity constitue la pièce maîtresse de l'arsenal technique de Maurice Lacroix. Son tourbillon volant — breveté — est maintenu en suspension apparente par deux ponts en saphir sapphirine, donnant l'impression que la cage tourne librement dans le vide. Un exploit mécanique réel, rendu accessible bien en-deçà des tarifs habituels du genre.
La preuve que l'audace technique n'exige pas nécessairement un écrin genevois.

Ref. MP6588 · Cal. ML112
La Mysterious Seconds repose sur un mécanisme entièrement breveté par Maurice Lacroix : la trotteuse, dépourvue d'axe apparent, tourne au centre du cadran squelette actionnée par un ingénieux système de leviers et de cams invisibles. L'illusion est totale, l'explication mécanique, fascinante. Une pièce qui transforme la physique en magie.
Quand l'horlogerie devient prestidigitation — sans jamais tricher avec la mécanique.

Ref. PT6028 · Cal. ETA 7753 modifié
Avant l'Aikon, la Pontos S définissait le visage sportif de Maurice Lacroix. Sa lunette bi-directionnelle, son boîtier intégré à l'esthétique tendue et son chronographe incisif en faisaient l'alternative crédible aux références sport-chic du segment. Le Supercharged poussait l'affaire vers un look motorsport assumé.
L'ancêtre direct de l'Aikon — plus brute, tout aussi attachante.

Ref. AI6008 · Cal. ML115
L'Aikon Automatic Manufacture est aujourd'hui la colonne vertébrale commerciale de Maurice Lacroix. Son architecture sportive — cinq éléments de bracelet, flancs brossés et polis, cadran texturé à index appliqués — s'appuie désormais sur un calibre maison 72 heures. Le meilleur rapport manufacture/prix du marché dans son segment.
La montre qui réconcilie l'horlogerie sérieuse avec la vie quotidienne moderne.

Ref. MP7218 · Cal. ML115
Trois rétrogrades simultanées sur un seul mouvement manufacture : heures, minutes et secondes balayent chacune leur arc avant de rebondir à leur origine. Le Triple Rétrograde constitue l'apogée de la signature mécanique de Maurice Lacroix — une chorégraphie horlogère que rares sont les manufactures à oser à ce niveau de prix.
Quand Maurice Lacroix cesse de chercher à convaincre et commence simplement à éblouir.
L'atelier invisible
Mouvements manufacture & maîtrise technique
La décision de Maurice Lacroix de développer ses propres calibres, concrétisée en 2006 avec le ML106, n'était pas une évidence dans un secteur où ETA dominait les approvisionnements. Le ML106 — automatique, 25,6 mm de diamètre, 5,3 mm d'épaisseur, 26 rubis, fréquence de 28 800 alternances par heure — posait les bases d'une indépendance chèrement acquise. La maison a depuis développé plusieurs calibres en propre : le ML112 pour les squelettes, le ML115 pour les automatiques avec complications rétrogrades (72 heures de réserve, rotor à masse oscillante décentrée en or 22 carats dans certaines versions), et le ML156, calibre manuel à tourbillon volant dédié au Gravity, affichant une réserve de marche de 100 heures — performance remarquable pour un mouvement de cette architecture.
Le mécanisme Mysterious Seconds, protégé par un brevet déposé en 2013, constitue peut-être l'invention la plus originale de la maison. La trotteuse centrale est animée par un système de cams et de leviers disposés sous le cadran, transmettant le mouvement à une aiguille maintenue par magnétisme apparent — sans qu'aucun axe ne soit visible depuis le dessus. L'illusion est totale, le mécanisme d'une logique implacable une fois démonté. C'est là la marque des grandes inventions horlogères : simples à comprendre en théorie, impossibles à deviner à la seule observation.
La finition des calibres Maurice Lacroix, sans atteindre les standards de la décoration genevoise au sens strict, témoigne d'un soin réel : anglage des ponts, rhodiage sélectif, gravure du coq de balancier. Le Gravity ML156 pousse la démarche plus loin, avec un sablage de la cage en titane et des ponts en saphir taillés sur mesure pour révéler le tourbillon depuis les deux faces du mouvement. Un niveau d'exigence qui dépasse largement les attentes du segment de prix.
Chez Maurice Lacroix, le brevet n'est pas un argument marketing — c'est la conclusion naturelle d'une ingénierie sincère, menée dans les ateliers jurassiens avec la rigueur tranquille de ceux qui n'ont rien à prouver et tout à faire.
The Watch Sphere — Analyse technique
Recommandations The Watch Sphere
Par profil d'amateur
Pièce iconique
Masterpiece Gravity
Pour l'amateur de haute complication qui refuse de sacrifier deux zéros à la marque du boîtier. Le tourbillon volant breveté de Maurice Lacroix n'a rien à envier aux manufactures deux fois plus chères. Une pièce de collection à capital symbolique fort.
Exploit Technique
Masterpiece Mysterious Seconds
Pour l'intellectuel de l'horlogerie — celui qui préfère comprendre un mécanisme plutôt que lire une heure. La Mysterious Seconds est une devinette portée au poignet, aussi séduisante à expliquer qu'à contempler.
Quotidien de luxe
Aikon Automatic Manufacture
La montre manufacture la plus polyvalente de son budget. Sport le matin, costume le soir — l'Aikon gère tout avec l'élégance discrète de ceux qui n'ont pas besoin de se justifier. Notre première recommandation pour l'entrée en matière chez Maurice Lacroix.
Pièce Collector
Masterpiece Triple Rétrograde
Pour l'archive d'amateur sérieux. La Triple Rétrograde en boîtier or rose, édition limitée, représente ce que Maurice Lacroix a produit de plus audacieux dans son registre manufacture. Pièce à surveiller sur le marché secondaire.
Positionnement & valeur patrimoniale
Maurice Lacroix dans le temps long
Dans un marché dominé par les récits de fondations centenaires et les héritages dynastiques, Maurice Lacroix constitue une anomalie rafraîchissante : une maison jeune, née d'une opportunité commerciale, devenue manufacture par volonté pure. Sa trajectoire de 1975 à aujourd'hui est celle d'un artisan qui aurait décidé, en cours de route, de forger lui-même ses propres outils. Ce chemin, plus ardu, lui confère une crédibilité technique acquise et non héritée.
Sur le marché primaire, la marque occupe un positionnement rare : elle propose des calibres manufacture, des complications brevetées et un design abouti dans une fourchette allant de CHF 1 500 à CHF 25 000 — un spectre large qui lui permet de dialoguer avec Longines sur son flanc bas, et avec des maisons comme Frederique Constant ou Zenith sur son flanc technique. Ses concurrents directs dans le créneau "complications accessibles" — TAG Heuer, Oris, Ball Watch — n'offrent généralement pas le niveau de développement technique interne que Maurice Lacroix a atteint depuis 2006.
Sur le marché secondaire, la marque ne bénéficie pas encore de la côte spéculative des grandes maisons — ce qui constitue paradoxalement un avantage pour l'amateur raisonné. Les Masterpiece Gravity et Triple Rétrograde s'y trouvent souvent à des prix inférieurs à leur valeur réelle, offrant des points d'entrée exceptionnels vers des complications de grande qualité. Il est probable que cette sous-valorisation ne durera pas indéfiniment : la rareté de ces pièces et la montée en gamme de la marque sont des arguments patrimoniaux solides.
Maurice Lacroix est la preuve vivante qu'une marque peut se construire une âme en cinquante ans — à condition de remplacer la tradition par l'ambition, et le prestige hérité par la compétence prouvée.
The Watch Sphere — Conclusion éditoriale