Navitimer - Breitling
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Breitling Navitimer : l’instrument de vol devenu légende
« Au-dessus des nuages, la montre qui calcule »
À 8 000 mètres d’altitude, un pilote ajuste le cap. Sur son poignet, une lunette striée tourne avec la précision d’un compas. Avant l’ère des cockpits numériques, cette bague crantée n’était pas un détail d’esthétique : c’était un ordinateur analogique miniaturisé, capable de convertir des milles en kilomètres, d’estimer une consommation de carburant, de calculer une vitesse sol. C’est là que commence le mythe Navitimer, non pas comme un objet de mode, mais comme un outil — un navigation timer, à la fois chronographe et règle à calcul circulaire, conçu pour répondre à des besoins concrets. Imaginée au cœur de l’âge d’or de l’aviation, devenue compagne de route des pilotes, artistes et collectionneurs, la Navitimer incarne ce que la haute horlogerie sait faire de plus durable : donner du sens à la forme par la fonction.

De l’atelier Montbrillant au ciel des pionniers
Une maison née pour chronométrer l’ambition
Fondée en 1884 par Léon Breitling à Saint‑Imier, la marque se spécialise très tôt dans les chronographes, accompagnant l’industrialisation, le sport et la science. Sous Gaston puis Willy Breitling, elle pose des jalons qui définissent l’architecture du chronographe moderne : poussoir indépendant (1915), puis second poussoir (1934), et un département entier dédié à l’aviation (Huit Aviation, 1938). Cette culture d’« instruments pour professionnels » prépare la suite : la Chronomat de 1942 introduit la règle à calcul circulaire au poignet, prémisse directe de la Navitimer.
1952 : la commande des pilotes, la réponse de Willy
Au début des années 1950, l’Aircraft Owners and Pilots Association (AOPA) sollicite Willy Breitling pour créer un chronographe véritablement pensé pour le cockpit. Il adapte la règle logarithmique de la Chronomat à un rehaut fixe complété d’une lunette tournante à micro‑perles pour une préhension aisée avec des gants, fixe un boîtier de 41 mm (grand pour l’époque) afin d’aérer l’information, et conçoit un cadran noir à chiffres arabes luminescents. Le nom naît de l’évidence : Navitimer, contraction de navigation et timer. Les premiers exemplaires, réservés aux membres AOPA, ne portent même pas la marque au cadran ; la référence 806 se généralise dès la mise en vente publique vers 1956.

Le langage d’un design fonctionnel
Les « perles » de lunette, plus nombreuses dans les années 1950 (environ 125) puis moins denses vers 1960, permettent aujourd’hui de dater un exemplaire. Le fameux ref. 806 alterne rapidement entre Valjoux 72 (sur une courte période) et Venus 178 (colonne à roue) pour la production plus large, avant de migrer au fil des décennies vers d’autres bases (Valjoux, Lemania, puis 7750) jusqu’à l’ère manufacture. Mais l’essentiel reste là : une silhouette élancée, de longs cornes, un cadran à trois compteurs et cette règle à calcul qui a fait la célébrité du modèle.
Une icône… et une aventurière de l’espace
Le 24 mai 1962, l’astronaute Scott Carpenter porte une Navitimer Cosmonaute à cadran 24 heures lors de sa mission Mercury‑Atlas 7 : la première montre-bracelet suisse envoyée dans l’espace. Le cahier des charges ? Une lunette élargie, un bracelet extensible pour la combinaison, et ce cadran 24 h pour distinguer le temps de mission dans l’alternance rapide jour/nuit de l’orbite. La pièce reviendra abîmée par l’eau salée après l’amerrissage — et sera remplacée par Breitling — mais l’exploit assoit la Navitimer dans la culture pop autant que dans l’histoire spatiale.

Design, calibre et innovations à la loupe
La règle à calcul : un « ordinateur analogique » lisible et logique
La Navitimer n’a pas inventé la règle à calcul circulaire, mais elle l’a intégrée de manière intuitive : échelle externe mobile sur la lunette, échelle interne fixe, toutes deux logarithmiques, auxquelles s’ajoute une échelle tachymétrique. Multiplications, divisions, vitesses moyennes, conversions (statut, nautique, kilomètres), taux de montée/descente, consommation de carburant : tout se résout par un simple alignement de repères et une estimation décimale éclairée—les pilotes y voyaient une redondance précieuse avant l’électronique.
En pratique : pour estimer une vitesse sol, on aligne la distance parcourue sur le temps écoulé et on lit la vitesse sous l’index « MPH » ; pour un pourboire (15 %), on utilise exactement la même logique. La poésie d’un instrument réside dans sa polyvalence.
Le cœur battant : du Venus 178 au Breitling Calibre 01
Historiquement, les Navitimer « vintage » ont vécu sous Venus 178 (roue à colonnes) puis, selon séries, Valjoux 72 ou 7750. Le tournant moderne date de 2009/2010 avec l’arrivée du Calibre 01 maison : chronographe à roue à colonnes et embrayage vertical, fréquence de 28 800 A/h, 47 rubis, et ~70 heures de réserve de marche. Aujourd’hui, une Navitimer B01 se distingue par sa tri‑compax 3‑6‑9, sa date intégrée, et sa régularité COSC. Ce mouvement signe l’émancipation technique de Breitling et confère au modèle une belle autonomie de week‑end.
Données techniques clés (intégrées naturellement)
- Mouvement : Breitling 01 (manufacture), automatique, roue à colonnes, 28 800 A/h, réserve ~70 h, 47 rubis, certifié COSC.
- Boîtier (ex. B01 43) : 43 mm de diamètre, 14,22 mm d’épaisseur, verre saphir bombé anti‑reflets double face, étanchéité 30 m (montre d’aviation, non de plongée), lunette bidirectionnelle avec règle à calcul.
- Fonctions : chronographe 1/4 s, 30 min, 12 h ; date ; règle à calcul pour conversions et opérations de vol.

Évolution stylistique : continuité sans pastiche
Si la ref. 806 demeure la matrice—lunette perlée, cadran noir, puis « panda inversé » dès la fin des années 1950—la Navitimer s’est constamment ajustée : tailles de 38 à 46 mm, aciers ou or, bi‑ton, inédits plus compacts (41 mm) et même déclinaisons Cosmonaute en remontage manuel. En 2022, pour les 70 ans du modèle, Breitling retouche l’ergonomie (cornes, lisibilité, textures de cadran) tout en préservant l’ADN de cockpit : une réédition à l’esprit néo‑vintage mais ancrée dans l’usage contemporain.
Anecdotes & culture : de Miles Davis aux pistes d’atterrissage
La Navitimer a quitté les cabines pour les scènes : on l’a vue au poignet de Miles Davis, de Serge Gainsbourg, ou—plus récemment—au cœur d’un récit de collectionneurs célébrant ses multiples itérations « 806 ». Cette transversalité dit tout : la Navitimer reste un outil, mais elle parle à ceux qui aiment les objets qui raconte(nt) quelque chose, une vitesse, un trajet, une histoire.
Pourquoi la Navitimer est (toujours) iconique
L’icône : quand la fonction sculpte le mythe
Beaucoup de montres s’inspirent de l’aviation ; la Navitimer, elle, a été créée pour l’aviation. Elle synthétise l’ADN de Breitling : chronométrer, convertir, accompagner des métiers. Le graphisme dense du cadran n’est pas une surcharge, il est un langage technique. C’est précisément ce qui en fait une icône : un dessin inchangé dans l’esprit, pertinent au poignet d’un pilote de 1954 comme d’un collectionneur d’aujourd’hui. [time-wire.com]
Place sur le marché : un pilier de l’offre, une valeur sûre du segment
Dans le catalogue contemporain, la Navitimer est l’un des piliers : elle existe du 38/41 mm automatique à la B01 de 41/43/46 mm, en acier ou en ors, et demeure l’ambassadrice de la manufacture (B01). Côté prix, l’univers Navitimer s’étend des automatiques d’entrée de gamme (mid‑to‑high four figures) aux B01 (généralement au‑delà des 9 000 $ prix retail selon configuration et marché), avec des marchés secondaires dynamiques qui reflètent sa liquidité et sa notoriété.
Pour qui ?
- Débutants : une icône lisible, chargée d’histoire, qui fait comprendre—par l’usage—qu’une complication peut être utile.
- Passionnés/collectionneurs : un terrain d’étude infini (AOPA, perles de lunette, variantes 806, Cosmonaute), des rééditions soignées, et l’attrait du B01.
- Professionnels : l’esthétique « instrument » qui demeure crédible au bureau comme en cockpit, la cohérence d’une marque d’aviation centenaire.
Pourquoi elle est iconique — les raisons en clair
- Origine utilitaire : conçue avec et pour des pilotes (AOPA), ce n’est pas un styling rétro, mais un outil.
- Innovation intégrée : la règle à calcul au poignet, directement dérivée de la Chronomat, pensée pour voler.
- Moment historique : première montre-bracelet suisse en orbite (Cosmonaute, 1962).
- Pérennité : une continuum de 1950 à aujourd’hui, culminant avec le calibre B01 manufacture.

« Instrument d’hier, évidence d’aujourd’hui »
La Navitimer n’a jamais été une simple « belle montre ». Elle a fait ce que peu d’icônes accomplissent : rester fidèle à sa mission tout en épousant son époque. Au poignet, elle raconte un geste—tourner une lunette pour résoudre un problème—qui résume à lui seul la beauté d’une mécanique utile. Dans un monde saturé d’écrans, elle rappelle que l’intelligence analogique a de l’avenir : elle demeure incarnée, tangible, presque pédagogique. C’est cela, la vraie modernité d’un dessin né en 1952 : être à la fois patrimoine et pertinence.
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